Qui achète et quelles règles s'appliquent
Budget de l'État, bailleur de fonds, agence des Nations Unies ou entreprise privée : comment savoir en une minute quelles règles gouvernent l'avis que vous lisez.
Édition Cameroun : les règles affichées sont celles de ce pays.Changer de pays
Avant de lire les critères d'un avis, posez une question : d'où vient l'argent, et quelles règles l'accompagnent ? La réponse décide de presque tout : qui a le droit de répondre, la forme de la caution, la langue de l'offre, le portail à utiliser, et à qui vous plaindre si les choses tournent mal. Il existe quatre familles d'acheteurs, et une minute suffit en général pour reconnaître la vôtre.
Famille 1 : les acheteurs publics nationaux
Ce sont les ministères, les collectivités locales, les établissements publics et, selon le pays, certaines sociétés d'État. Ils achètent avec le budget public, sous le code des marchés publics du pays.
Comment les reconnaître. L'avis parle d'« autorité contractante », de « personne responsable des marchés » ou de « maître d'ouvrage ». Il mentionne un budget national, un exercice budgétaire ou un code des marchés publics. Aucun bailleur étranger n'est cité.
Ce que cela change pour vous. Les règles sont celles de votre pays, et elles sont publiques. Les pièces administratives, les seuils et les délais de recours sont dans la réglementation de votre pays. Une commission de l'acheteur évalue les offres, et un organisme de régulation peut être saisi en cas de litige.
Ministère des Marchés Publics (MINMAP)
Son ministre est l'« Autorité chargée des marchés publics » (art. 50). Il autorise les marchés de gré à gré et l'appel d'offres en deux étapes, annule une attribution irrégulière, tranche les recours et les désaccords, prononce les sanctions. Il abrite les Commissions Centrales de Contrôle des Marchés.[1][2][9]
Agence de Régulation des Marchés Publics (ARMP)
Régulateur du système. Elle publie le Journal des Marchés, tient la liste des firmes exclues, agrée les experts, instruit les recours pour le Comité, donne un avis sur les offres anormalement basses, délivre l'attestation de non-exclusion (CNE) exigée dans l'offre et diffuse les documents types.[1][6]
Commissions de Passation des Marchés (CPM)
Organes d'appui placés auprès de l'acheteur pour tout marché d'au moins 5 millions de F CFA : commissions internes (ministère, établissement public, commune qui en a une), régionales (Gouverneur) et départementales (Préfet, et communes sans commission). Elles examinent le dossier d'appel d'offres, ouvrent les plis, constituent la sous-commission d'analyse et proposent l'attribution.[1][2][4]
Sous-commission d'analyse des offres
Comité d'au moins trois membres, dont un représentant de l'acheteur, créé à l'ouverture des plis. Il vérifie la conformité, évalue et classe les offres, et peut demander des éclaircissements écrits (7 jours ouvrables de réponse au plus).[1][4]
Commissions Centrales de Contrôle des Marchés (CCCM)
Contrôle a priori des gros dossiers, par domaine (routes, autres infrastructures, bâtiments, approvisionnements, services et prestations intellectuelles). Elles donnent un avis sur le dossier d'appel d'offres et sur l'attribution. Sans avis dans les 10 jours ouvrables, l'avis est réputé favorable.[1][2]
Observateur Indépendant
Consultant recruté par l'ARMP qui assiste aux séances des commissions et des sous-commissions d'analyse pour les consultations d'au moins 50 millions de F CFA. Il signale les manquements et envoie un rapport à l'ARMP, à l'acheteur et à la commission dans les 72 heures.[1][4]
Comité chargé de l'examen des recours
Instance créée auprès de l'ARMP. Elle reçoit les recours des soumissionnaires à partir de l'ouverture des plis. L'ARMP instruit en 7 jours calendaires au plus, puis le Comité propose des mesures au ministre, dont la décision s'impose aux deux parties.[1][2]
Maître d'Ouvrage (MO) et Maître d'Ouvrage Délégué (MOD)
L'acheteur : ministre, chef de l'exécutif d'une collectivité territoriale (maire, président de région), directeur d'un établissement public. Le MOD agit pour lui (Gouverneur, Préfet, chef de projet à financement extérieur). L'acheteur lance la consultation, reçoit les offres, attribue, signe et notifie. Une structure interne (SIGAMP) vend les dossiers et enregistre les offres.[1][2][4]
Journal des Marchés Publics (JDM) de l'ARMP
Publication légale des avis d'appel d'offres, des additifs, des résultats d'attribution, des annulations, des appels infructueux et de la liste des firmes exclues. L'ARMP doit publier un avis dans les 24 heures suivant sa réception. Le délai de remise des offres court à partir de cette publication.[1][4][6]
COLEPS (Cameroon On Line E-Procurement System)
Plateforme officielle de passation électronique du MINMAP (marchespublics.cm), opérationnelle depuis 2018. Elle sert à publier les avis, télécharger les dossiers et, quand l'avis le prévoit, déposer l'offre en ligne. Un certificat électronique est nécessaire pour signer et chiffrer l'offre.[3][7][10]
Caisse des Dépôts et Consignations (CDEC)
Des avis de 2026 exigent que la caution de soumission soit accompagnée d'un récépissé de consignation de la CDEC. La presse spécialisée indique que la CDEC reçoit, conserve et restitue les cautions pour l'acheteur.[12][16]
Famille 2 : les projets financés par un bailleur de fonds
Une banque de développement ou un donateur finance un projet, et une unité locale achète pour ce projet : une unité de gestion, une cellule de coordination, parfois un ministère. L'acheteur est local, mais les règles sont en général celles du financeur.
Comment les reconnaître. Cherchez les mots « financement », « prêt », « crédit » ou « don », suivis du nom d'une institution. Une phrase revient souvent : le gouvernement a obtenu un prêt ou un crédit de telle banque et a l'intention d'en utiliser une partie pour régler ce marché. Le nom du projet figure aussi dans l'avis.
Ce que cela change pour vous. Le dossier suit le modèle du bailleur, et son vocabulaire peut surprendre. Les conditions d'admission peuvent différer de celles du code national, et le bailleur tient souvent sa propre liste d'entreprises exclues. Il faut aussi se préparer à des clauses sur la fraude et la corruption qui lui permettent de contrôler vos comptes. La page de chaque organisation détaille ses règles :
- Nations Unies (ONU et ses agences)Comment s'inscrire sur UNGM, trouver un avis de l'ONU, comprendre RFQ, ITB et RFP, savoir où chaque agence (OIT, PNUD, UNICEF, FAO, UNOPS, OIM, PAM, OMS, HCR, Secrétariat) reçoit réellement les offres, et contester une décision.
- Banque mondiale (projets financés)Comment répondre à un appel d'offres d'un projet financé par la Banque mondiale : qui achète, où trouver les avis, les méthodes (RFB, RFQ, RFP, QCBS), l'éligibilité, le délai de suspension et les plaintes.
- Banque africaine de développement (BAD)Ce qu'il faut savoir pour répondre à un appel d'offres d'un projet financé par la BAD : qui achète, le cadre de passation des marchés de 2015, l'éligibilité des pays membres et où suivre les avis.
- Fonds mondial (sida, tuberculose, paludisme)Vendre des produits de santé financés par le Fonds mondial : qui achète (le récipiendaire principal du pays), les trois voies d'achat, les normes de qualité, l'absence de préférence nationale et ce que cela change pour une PME locale.
- Union européenne (action extérieure)Comment répondre à un marché financé par l'UE en dehors de l'Union : gestion directe ou par le pays partenaire, règles de nationalité et d'origine, portail Funding & Tenders, seuils et recours.
- Agence française de développement (AFD)Comment répondre à un appel d'offres financé par l'AFD : le maître d'ouvrage achète, les Directives de l'AFD fixent les règles, aucune condition de nationalité, déclaration d'intégrité, publication sur dgMarket.
- Banque islamique de développement (BID)Comment répondre à un appel d'offres d'un projet financé par la Banque islamique de développement : directives d'achat, avis, éligibilité des pays membres, délai de suspension et plaintes.
- Institutions régionales (BCEAO, BOAD, BEAC, BDEAC, UEMOA, CEDEAO)Comment vendre à la BCEAO, à la BOAD, à la BEAC et à la Commission de la CEDEAO, ou répondre à un marché financé par la BOAD : règles propres, annonces, seuils de la BOAD, délais et recours, et ce que nous n'avons pas pu établir pour la BDEAC et l'UEMOA.
- Entreprises privées, sociétés minières et ONGVendre à une entreprise privée, une société minière ou une ONG : pas de code des marchés, la règle est celle de l'acheteur, sauf quand l'argent vient d'un bailleur qui impose ses règles, et comment se faire payer en cas d'impayé.
Famille 3 : les agences des Nations Unies et autres organismes internationaux
Les agences des Nations Unies, les organisations régionales et d'autres organismes internationaux achètent pour eux-mêmes, avec leurs propres règles et leurs propres systèmes. Ils ne sont pas soumis au code des marchés publics du pays où ils travaillent.
Comment les reconnaître. L'acheteur est nommé directement, sans ministère ni unité de projet. Le document s'intitule souvent RFQ, ITB ou RFP, ou leurs équivalents français. Le dépôt passe par un portail fournisseur ou une adresse électronique dédiée, et une inscription préalable est fréquente.
Ce que cela change pour vous. Il y a moins de pièces administratives nationales, mais les exigences de forme sont strictes. Les délais sont parfois courts, et l'heure limite peut être donnée dans un autre fuseau horaire. Le régulateur national n'a en principe aucune prise sur ces achats : une plainte passe par les voies propres à l'organisme. Commencez par la page Nations Unies.
Famille 4 : les entreprises privées et les ONG
Une société minière, une banque, un opérateur télécom ou une ONG achète selon sa propre politique. Aucun code des marchés publics ne s'applique en principe.
Comment les reconnaître. L'acheteur est une société ou une association. L'avis parle de « consultation », de « demande de prix » ou d'« appel à candidatures » et il renvoie souvent à une adresse électronique.
Ce que cela change pour vous. Il y a moins de formalités, mais aussi moins de garanties. L'acheteur peut négocier, changer d'avis ou ne pas répondre, et il n'existe en général ni séance publique, ni délai de recours. Le contrat que vous signez est donc votre principale protection, et une ONG qui dépense l'argent d'un bailleur doit parfois suivre une procédure imposée par celui-ci. Voir Entreprises et ONG.
Les quatre familles côte à côte
| Public national | Projet financé par un bailleur | Nations Unies et organismes internationaux | Entreprises et ONG | |
|---|---|---|---|---|
| Qui décide | La commission et l'autorité contractante, avec les contrôles nationaux prévus | L'unité de projet, souvent avec l'accord du bailleur | L'organisme lui-même | L'entreprise ou l'ONG |
| Quelles règles | Le code national | Celles du bailleur, avec le droit national pour ce que le dossier lui laisse | Celles de l'organisme | La politique d'achat interne, parfois celle d'un bailleur |
| Où se plaindre | L'acheteur, puis l'organe de recours national, puis les tribunaux | L'acheteur, puis les voies indiquées dans le dossier et par le bailleur | Les voies de l'organisme, à vérifier dans son document | L'acheteur, puis le droit commercial si un contrat existe |
| Où va l'offre | À l'adresse de l'acheteur indiquée dans le dossier, ou sur le portail national s'il y en a un | À l'unité de projet, ou sur le portail du bailleur | Sur le portail ou à l'adresse de l'organisme | À l'adresse donnée dans la consultation |
Le test d'une minute
Lisez qui signe l'avis
Un ministère ou une commune ? Une unité de projet ? Une agence internationale ? Une société ?
Cherchez la source de financement
Elle figure souvent dans les premières lignes. Le nom d'un bailleur vous conduit à la famille 2, même si l'avis est signé par un ministère.
Si l'avis ne dit rien, ouvrez le dossier
Les instructions aux candidats indiquent les règles applicables. Si le doute persiste, posez la question par écrit à l'acheteur.
Allez lire la bonne page
La réglementation de votre pays pour la famille 1, la page de l'organisation pour les familles 2, 3 et 4.
Où paraissent les avis dans votre pays
Les canaux dépendent en partie de la famille d'acheteur : les avis nationaux ont leurs supports officiels, et les bailleurs et les agences internationales publient aussi sur leurs propres sites. Le support où vous lisez un avis n'en change pas les règles.
Journal des Marchés Publics et site de l'ARMP
Avis d'appel d'offres, additifs et résultats, avec recherche par région, type et montant. Les dossiers d'appel d'offres peuvent y être téléchargés. Le Journal est la publication qui fait courir les délais.
La consultation des avis en ligne est libre. L'ARMP propose aussi un formulaire d'abonnement au Journal (tarif non lu).
Site de l'ARMP où sont hébergés les avis, dossiers d'appel d'offres, additifs et documents de référence. La circulaire de 2022 le cite, avec COLEPS, comme voie d'affichage électronique.
Plateforme de passation électronique : avis, dossiers, dépôt des offres en ligne. Le mode de dépôt (papier ou en ligne) est précisé dans chaque avis.
Inscription du soumissionnaire sur la plateforme et certificat électronique pour déposer en ligne. Frais et délais non établis ici.
Service de l'acheteur (SIGAMP, mairie, ministère)
Consultation gratuite du dossier papier, vente du dossier contre quittance, réception des plis. Les frais d'achat se paient à la recette municipale (communes), au Trésor public (administrations) ou au compte spécial de la régulation (établissements publics).
Frais non remboursables, fixés par l'avis : 15 000 F CFA dans un avis de commune de 2025, 45 000 F CFA dans un autre de 2026. La soumission est conditionnée au paiement, même si le dossier est téléchargé gratuitement.
Site du MINMAP (textes et documents types)
Décrets, circulaires, journaux de programmation et recueil de documents de facilitation. Utile pour lire les textes à jour.
Et ensuite
Une fois la famille reconnue, voyez le type de procédure, qui dit qui peut répondre et ce qu'il faut remettre, puis lisez le dossier.
À lire ensuite
- Les types de procédures : ouvert, restreint, cotation, gré à gré, AMICe que chaque procédure veut dire, qui peut y répondre, ce qu'elle demande, et les seuils qui la déclenchent dans votre pays.
- Lire un avis et un dossier d'appel d'offresQuoi lire d'abord, où se cachent les critères qui vous éliminent, et comment décider en une heure si l'offre vaut le travail.
Prêt à essayer ?
Le compte est gratuit et les appels d'offres publics le restent. Trois minutes suffisent pour recevoir les premiers.
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